La lignée
Đinh Nho
Cinq siècles de mémoire — un livret pour les jeunes
— le vœu gravé par Đinh Nho Hoàn
Avant de commencer…
Tu portes un nom qui a traversé près de cinq cents ans. Avant toi, vingt générations l'ont porté : des paysans et des lettrés, des soldats et des ambassadeurs, des poètes, des mères courageuses, des enfants qui — comme toi aujourd'hui — apprenaient à lire et se demandaient d'où ils venaient.
Ce petit livre n'est pas un manuel d'histoire ennuyeux. C'est plutôt une lettre que tes ancêtres t'écrivent à travers le temps. Elle te raconte qui ils étaient, ce que veut dire ton nom, en quoi ils croyaient, et ce qu'ils espèrent de toi.
Tu n'es pas obligé de devenir mandarin ou champion. Tes aïeux demandaient une seule chose : que tu sois une personne droite et bonne, fière de ses racines, utile aux autres. Le reste — les diplômes, les médailles, les voyages — n'est qu'une conséquence.
Lis sans te presser. Et quand tu auras fini, tu sauras une chose précieuse : tu n'es pas seul. Toute une lignée marche derrière toi.
— Pour les enfants et petits-enfants de la lignée Đinh Nho
I · Les originesD'où venons-nous ?
Notre histoire commence avec des rois, traverse une guerre civile, et s'enracine au bord d'une rivière du centre du Vietnam.

Aux sources du nom Đinh
Notre famille descend de la grande lignée Đinh de Gia Viễn, dans la province de Ninh Bình — la même région que les premiers empereurs du Vietnam. D'après la tradition transmise par la généalogie, nos aïeux les plus lointains se rattacheraient au général Đinh Điền (924–979), l'un des quatre lieutenants de confiance de l'empereur Đinh Bộ Lĩnh, aussi appelé Đinh Tiên Hoàng.
Pourquoi est-ce important ? Parce que Đinh Bộ Lĩnh est le souverain qui, en 968, a unifié le pays et fondé le royaume du Đại Cồ Việt — le premier Vietnam véritablement indépendant après mille ans de domination chinoise. Le nom Đinh est donc l'un des plus anciens noms royaux de notre histoire. Attention : Đinh Điền était un général de l'empereur, pas son parent — porter le nom Đinh ne fait de personne un descendant des rois. C'est une belle tradition de fidélité, pas un titre de noblesse.
La fuite et le nouveau départ
Au début du XVIᵉ siècle, le Vietnam est déchiré : la famille Mạc a renversé la dynastie des Lê, et le pays se divise. Notre ancêtre sert les Lê. Lorsque son chef, le mandarin Lê Tuấn Mậu, est exécuté par Mạc Đăng Dung, notre aïeul est à son tour pourchassé.
Vers 1527, fuyant les troubles, quatre frères partent vers le sud, au pays de Hoan Châu (le Nghệ An et le Hà Tĩnh d'aujourd'hui). Là, ils se séparent pour fonder chacun une lignée. L'aîné, Đinh Phúc Diên, poursuit sa route et s'installe vers 1543–1546 à An Ấp / Sơn Hòa, dans le district de Hương Sơn (Hà Tĩnh). C'est là que naît notre lignée.
Đinh Phúc Diên
Officier militaire, il reçut le titre de Tả Hiệu Điểm, marquis de Công Tây pour son aide à la restauration des Lê. Mais l'essentiel n'était pas son grade : c'était son caractère. La généalogie le décrit « assidu au travail, vivant dans la sobriété, plaçant au premier rang le devoir envers la patrie et l'amour du peuple ». Il défricha des terres, leva l'étendard « soutenir les Lê, anéantir les Mạc » aux côtés de son ami Phạm Phúc Kính, et vécut 93 ans.
Chaque année, le 9ᵉ jour du premier mois lunaire, toute la famille se rassemble pour honorer sa mémoire. C'est le jour le plus important de l'année pour la lignée.
« La lignée Đinh Nho est une grande lignée illustre et aristocratique de Hương Sơn et du pays de Nghệ… Elle a engendré de nombreux personnages célèbres, dans les concours, dans la carrière mandarinale comme dans les armes. » — Journal Hà Tĩnh, 17 avril 1999
II · L'identitéQue signifie notre nom ?
Un nom vietnamien se lit comme une petite phrase. Le nôtre dit, en deux mots : « la famille des lettrés ».

Đinh — le nom de famille
C'est le nom de clan, celui qui se transmet de père en fils. Đinh est l'un des plus vieux noms du Vietnam : c'est celui de la première dynastie impériale. Beaucoup de familles Đinh, partout au pays, le portent sans être parentes : c'est l'histoire de CHAQUE famille qui lui donne son sens.
Nho — le lettré confucéen
Le caractère 儒 (Nho) signifie « lettré », « savant de l'école de Confucius ». Ce mot, placé au milieu du nom, est devenu la marque de notre lignée. C'est un programme de vie : étudier, cultiver son esprit, servir le bien.
Mets les deux ensemble, et Đinh Nho raconte tout : une famille de sang ancien qui a choisi la voie de l'étude et de la vertu. Ce « nom du milieu » (en vietnamien tên đệm) se retrouve de génération en génération — Đinh Nho Công, Đinh Nho Hoàn, Đinh Nho Điển… — comme un fil d'or cousu à travers les siècles.
Quand on te demande ton nom, souviens-toi : tu ne dis pas seulement comment on t'appelle.
Tu annonces d'où tu viens et ce que tu vises.
III · La boussoleLe confucianisme, simplement
Le mot « Nho » de ton nom vient d'une idée née il y a 2 500 ans. Voici, sans jargon, ce qu'elle veut dire.

Il y a très longtemps, en Chine, un maître nommé Khổng Tử (Confucius, ~551–479 av. J.-C.) se posa une question simple : « Comment vivre ensemble, en paix et avec justice ? » Sa réponse n'est pas une religion avec des dieux à prier, mais plutôt une sagesse pour bien se conduire — en famille, à l'école, dans la société.
Cette pensée est devenue, pendant des siècles, le cœur de la culture vietnamienne. C'est elle qui a guidé nos ancêtres. Au centre, deux grandes valeurs que tu connais peut-être déjà :
Hiếu — la piété filiale
Aimer, respecter et prendre soin de ses parents et de ses aînés ; honorer ceux qui nous ont précédés. C'est la première des vertus : tout commence là.
Trung — la loyauté
Être fidèle : à sa parole, à ses amis, à sa communauté, à son pays. Tenir bon, même quand c'est difficile, même quand personne ne regarde.
Confucius résumait l'art de bien vivre en cinq qualités à cultiver toute sa vie. Les voici — apprends-les, ce sont les cinq couleurs de ton héritage :
Dans le Vietnam d'autrefois, on ne devenait pas important par sa fortune ou sa naissance, mais par les concours. Des examens très difficiles, ouverts (en théorie) à tous, permettaient aux meilleurs élèves de servir l'État. Il y avait trois grands niveaux :
Thi Hương · concours régional → titre de Cử nhân / Hương cống Thi Hội · concours métropolitain Thi Đình · concours du palais, devant le roi → titre de Tiến sĩ (docteur)
Les noms des docteurs étaient gravés dans la pierre, sur les stèles du Temple de la Littérature (Văn Miếu) à Hanoï — où l'on peut encore les lire aujourd'hui. Réussir, c'était inscrire son nom dans la mémoire du pays. C'est pourquoi, dans notre famille, on répétait sans cesse : « étudie avec assiduité ». Tu liras bientôt les noms des nôtres gravés là-bas.
« En t'avançant, sois un lettré d'honneur ; en te retirant, sois un honnête paysan. » Précepte de la lignée — 進為義士 · 退為良農 (tiến vi nghĩa sĩ, thoái vi lương nông)
Traduction pour aujourd'hui : quand tu réussis, mets ton savoir au service du juste ; quand tu n'as pas de poste, reste un travailleur honnête et fier. Dans les deux cas, on peut compter sur toi.
IV · Les modèlesNos figures illustres
Voici quelques aïeux dont on raconte encore l'histoire. Ils ne sont pas parfaits — ils sont inspirants.

Đinh Nho Công
Pendant six générations, la famille n'eut qu'un fils par génération et aucun lauréat. Tout changea avec lui : à 34 ans, en 1670, il devint le premier Tiến sĩ (docteur) de la lignée. Il fut un censeur (haut magistrat) réputé pour son intégrité. Une histoire le montre bien : envoyé inspecter les prisons, il découvrit un homme injustement détenu et le libéra — un geste qui, des années plus tard, changera le destin de la famille (tu le verras avec Bà Phan Thị Viên).
Il eut 12 enfants, dont 6 fils, et fut plus tard honoré sous le nom d'Anh Nghị Đại Vương, « le grand dignitaire talentueux et résolu ».
Đinh Nho Hoàn
Fils du précédent, c'est sans doute le plus célèbre de nos ancêtres. Brillant très jeune, il devint Hoàng Giáp (docteur de second rang) à 30 ans, en 1700. Nommé gouverneur de Cao Bằng, il fit dégager les rivières, allégea les taxes et les contrôles ; reconnaissants, les marchands chinois lui élevèrent une stèle de gratitude, la « stèle de la vertu administrative » (Đức chính bia).
En 1715, le roi l'envoya en ambassade en Chine. Il n'en revint pas : il tomba malade et mourut en chemin, aux abords de Yên Kinh (Pékin), début 1716, à 45 ans. Sur la route, il composa un recueil de 130 poèmes (Mặc Ông sứ tập). Il avait aussi fait tailler un gong de pierre — une pierre sonore suspendue, qu'il nomma Mặc Trai, son nom de lettré — et y fit graver une pensée magnifique :
« Le son du gong est limpide et rythmé, léger et clair, haut et résonnant, comme s'il avait l'élévation de l'homme. Aussi, aimant ce son, l'ai-je fait faire… pour affermir ma résolution. »
Phan Thị Viên — « Bà Tiết phụ »
Elle était la fille de l'homme que Đinh Nho Công avait sauvé de prison. Par un heureux hasard que la tradition tient pour providentiel, elle épousa plus tard le fils de leur bienfaiteur, Đinh Nho Hoàn. Mariée à 16 ans, lettrée et talentueuse, elle écrivit dix poèmes pour son époux partant en ambassade.
Quand la nouvelle de la mort de son mari arriva, elle cacha d'abord sa douleur pour ne pas inquiéter les siens. Puis, après le retour du cercueil, elle composa des poèmes d'adieu et choisit de mourir pour le suivre. Le roi lui décerna le titre de « Tiết phụ » (femme fidèle). La célèbre écrivaine Đoàn Thị Điểm s'inspira de sa vie pour écrire le récit « La femme valeureuse d'An Ấp ». Son histoire est belle et grave — elle nous parle de loyauté et de force, mais aussi de la valeur de chaque vie.
Đinh Nho Côn
Frère de Đinh Nho Hoàn, il fut premier au concours régional (Giải nguyên)… puis abandonna la plume pour l'épée ! Devenu commandant militaire, il reçut le titre de marquis de Hương Nghĩa. Ses descendants s'établirent à Thanh Liên (Thanh Chương, Nghệ An), où ils fondèrent une branche entière de la famille. Sa devise pourrait être : on peut servir le pays autant par le savoir que par le courage.
Đinh Nhật Thận
Arrière-petit-fils de Đinh Nho Côn, il devint docteur en 1838 et fut l'ami intime du célèbre poète rebelle Cao Bá Quát. Compromis dans une révolte, il fut emprisonné. C'est en captivité qu'il écrivit son chef-d'œuvre, le Thu dạ lữ hoài ngâm (« Complainte nostalgique d'un voyageur par une nuit d'automne »).
Le grand professeur Đặng Thai Mai le classait parmi les quatre plus belles « complaintes » de toute la littérature classique vietnamienne — aux côtés du Chinh phụ ngâm, du Cung oán ngâm khúc et du Truyện Kiều de Nguyễn Du. Autant dire : un sommet de notre langue, écrit par l'un des nôtres.
Đinh Nho Điển
Docteur en 1875 sous le règne de Tự Đức, il servit comme haut magistrat. Quand la cour signa le traité qui livrait le pays aux Français, il se laissa mourir de faim. La dynastie Nguyễn fit édifier un temple en son honneur — aujourd'hui classé vestige historique provincial.
Les Quatre Phúc thần
Voici un fait remarquable : dans une seule et même famille, quatre personnes ont été élevées par les rois au rang de divinités tutélaires (Phúc thần) — c'est-à-dire d'esprits protecteurs vénérés au temple. Ce sont :
Đinh Nho Công — le père Đinh Nho Hoàn — son fils Phan Thị Viên — sa belle-fille Đinh Nho Côn — son fils
« En haut, ils protègent la patrie ; en bas, ils abritent le peuple.
Une seule maison, quatre divinités tutélaires : quelle gloire ! » — Éloge du licencié Đinh Nho Quang (14ᵉ génération)
On les honore aujourd'hui encore au temple de Gôi Vị (à Sơn Hòa, Hương Sơn). Ce n'est pas de la « superstition » : c'est une manière de dire merci et de garder vivante la mémoire de ceux qui ont fait honneur à la famille et au pays.
V · La structureL'arbre et ses branches
Une seule racine, plantée à Hương Sơn. Puis, peu à peu, de grandes branches qui s'étendent à travers tout le pays.

Pendant les six premières générations, la lignée fut « độc đinh » : un seul fils transmettait le nom à chaque génération. Un fil très fin, mais qui ne se rompit jamais. Voici les premiers maillons :
Đinh Phúc Diên
Vient de Gia Viễn (Ninh Bình), s'établit à Hương Sơn vers 1543–1546. Marquis de Công Tây.
Đinh Phúc Trường
Fidèle aux enseignements de son père, il étudia auprès du maître Trần.
Đinh Phúc Bảo
Đinh Chính Tính
Đinh Phúc Khánh
Đinh Hữu Luân
On raconte qu'il aida un marchand chinois en perdition ; en retour, celui-ci lui amena de Chine un maître géomancien, qui choisit l'emplacement des tombeaux ancestraux et lui enseigna son art.
Đinh Nho Công
Premier docteur de la lignée (1670). Avec lui, le « fil unique » devient un arbre : il eut 6 fils, et la famille s'épanouit enfin.
La 8ᵉ génération
Les fils de Đinh Nho Công donnèrent naissance aux quatre grandes branches de la lignée (ci-dessous).
Les quatre branches
Đinh Nho Trạch
Fils aîné de Nho Công. Licencié à 18 ans, on le comparait à un « Immortel ». Sa descendance, à Hương Sơn, est notée « A » dans la généalogie.
Đinh Nho Thận
Autre fils de Nho Công, à Hương Sơn. Sa descendance est notée « B ». (Du rameau parti d'An Ấp à Xa Lang est issu le savant Đinh Xuân Lâm — sans qu'on sache aujourd'hui de laquelle des deux branches de Hương Sơn il descend.)
Cương Gián (Nghi Xuân)
Fondée par Đinh Nho Thường, qui s'établit à Cương Gián, dans le district de Nghi Xuân (Hà Tĩnh).
Thanh Liên (Thanh Chương)
Fondée par le général Đinh Nho Côn, à Thanh Liên (Nghệ An). C'est la branche du poète Đinh Nhật Thận.
Aujourd'hui, les descendants vivent dans tout le Vietnam — et même à l'étranger. Si tu lis ces lignes loin du pays, sache que tu fais partie de l'une de ces branches. Pour savoir laquelle, demande à tes parents ou à tes grands-parents : c'est une belle conversation à avoir.
VI · La relèveLa lignée aujourd'hui
La tradition n'est pas un musée. Elle continue — y compris avec des jeunes de ton âge.

Après les lettrés et les mandarins, la famille a continué de donner des femmes et des hommes remarquables, jusqu'à notre époque. En voici quelques-uns :
Đinh Nho Diệm — le poète Quỳnh Dao
Né en janvier 1918 à Gôi Mỹ — le village même de la maison-temple —, fils aîné du lettré Đinh Nho Huề. À dix-huit ans, en 1936, il publiait déjà : un recueil écrit avec son ami Liêu Kỳ Lộc, Tiếng chuông chiều (« La cloche du soir »). Il signait Quỳnh Dao — un nom de plume, un bút danh, comme en prenaient les poètes de sa génération.
En 1945, il quitta les vers pour organiser une base de la résistance au nord de la rivière Phố, à Hương Sơn. Il mourut en 1947, à vingt-neuf ans. Un demi-siècle plus tard, en 1999, les éditions Thanh Niên rassemblaient son œuvre sous le titre Văn phẩm Quỳnh Dao : ce qu'un garçon a écrit avant trente ans se lisait encore cinquante ans après lui.
Son frère cadet, Đinh Phạm Thái (1937 – 2023), devint le grand métallurgiste du pays — et poète lui aussi, reçu à l'Association des écrivains à soixante-neuf ans. Deux frères, deux vies très différentes, la même envie d'écrire.
Pr Đinh Xuân Lâm (branche d'An Ấp essaimée à Xa Lang)
Né à Sơn Tân (Hương Sơn), il devint l'un des historiens les plus respectés du Vietnam — l'un des légendaires « Quatre Piliers » de l'histoire vietnamienne. Distingué comme « Enseignant du Peuple », il forma des milliers d'étudiants et publia plus de 570 travaux. Il travaillait encore à 80 ans passés.
Đinh Xuân Vịnh
Formé sous la colonisation, ce fut un dévoreur de livres légendaire. Pendant plus d'un demi-siècle, seul, il composa à la main une véritable encyclopédie du Viêt Nam : 40 cahiers d'écolier, près de 40 000 entrées, primée sous le titre Văn hiến Việt Nam (« le Patrimoine du Viêt Nam »). Une partie en fut publiée sous le titre Sổ tay địa danh Việt Nam (754 pages) ; son œuvre reçut le Premier Prix de l'Association des arts populaires du Vietnam (1994), fut proposée pour le Prix Hồ Chí Minh, et l'État lui décerna l'Ordre du Travail (Huân chương Lao động).
Đinh Nho Liêm
Issu d'une famille très pauvre (on tissait la toile pour vivre), il devint, à force de travail, ambassadeur dans plusieurs pays puis premier vice-ministre des Affaires étrangères. La preuve vivante du précepte familial : ce ne sont pas les moyens du départ qui décident, mais la persévérance.
Đinh Nho Hưng
La vocation diplomatique de la famille se poursuit. Entré au ministère des Affaires étrangères en 1999, il a remis ses lettres de créance au roi Harald V le 1ᵉʳ juin 2023, devenant ambassadeur du Vietnam à Oslo. Après Đinh Nho Liêm, c'est un nouveau Đinh Nho qui représente le pays auprès des nations.
Deux fois dans son histoire, la maison a été frappée de la peine la plus lourde de l'ancien Viêt Nam : le tru di tam tộc, l'extermination des trois lignées — celle du père, celle de la mère, celle de l'épouse. La première fois en 1833. La seconde le 28 novembre 1887 : Đinh Văn Chất, docteur et chef d'une insurrection Cần Vương (« Soutenir le roi ») contre les Français, fut livré, décapité, et la sentence tomba sur les siens.
Un enfant de cinq ans y échappa : une villageoise le cacha. Il s'appelait Đinh Văn Chấp. Il partit en exil au Fujian, revint, se présenta aux concours — et fut reçu premier de sa promotion, Hoàng giáp, en 1913. Quatrième génération de lauréats d'une lignée qu'on avait voulu effacer.
Retiens bien son nom : son fils est le maître dont tu vas lire l'histoire juste en dessous.
Thích Minh Châu (Đinh Văn Nam) (du rameau frère de Nghi Long)
Fils du Hoàng giáp Đinh Văn Chấp — l'enfant de cinq ans sauvé en 1887 —, il venait de cette lignée Đinh apparentée (Nghi Lộc) qui compta quatre générations de lauréats, dont trois docteurs. Quatrième de onze enfants, il devint un grand maître du bouddhisme vietnamien et le traducteur des cinq Nikāya du canon pali en vietnamien, après douze années d'études à Ceylan et en Inde. Un esprit de savoir et de paix.
Đinh Thị Hoa
Fille de Đinh Nho Liêm, elle fut l'une des toutes premières Vietnamiennes à décrocher un MBA de la Harvard Business School. De retour au pays en 1994, elle fonda le groupe Galaxy (Thiên Ngân) et devint la pionnière du cinéma privé au Vietnam. La voie de l'excellence n'est plus réservée aux concours d'autrefois — ni aux seuls garçons.
Đinh Nho Hào
Professeur et docteur ès sciences à l'Institut de mathématiques de l'Académie des sciences du Vietnam, il en préside le conseil scientifique et dirige Acta Mathematica Vietnamica, la revue mathématique du pays. Docteur de Berlin, habilité à Siegen, boursier de la fondation Humboldt.
Sa spécialité porte un beau nom : les « problèmes inverses ». Les mathématiques vont d'ordinaire de la cause vers l'effet ; lui remonte de l'effet vers la cause — deviner la chaleur au cœur d'un four d'après la température de sa paroi, ou la forme d'un objet caché d'après les ondes qu'il renvoie. Chercher ce qu'on ne peut pas voir à partir de ce qu'on peut mesurer : les lettrés d'autrefois auraient aimé ce problème-là.
Đinh Nho Tâm
Boursier intégral de Cambridge (mathématiques, Trinity College — le collège de Newton), il décrocha ensuite un MBA de Stanford, où il fut le premier Vietnamien depuis des décennies à recevoir le prix Arjay Miller (top 10 % de sa promotion). Rentré au pays, il est aujourd'hui directeur financier et de l'investissement du groupe Galaxy. Sa devise, empruntée à Nike : « Just do it » — lance-toi.
Đinh Nho Kiệt
Voici un membre de la famille qui pourrait être ton cousin ! Né en 2010, il est déjà un champion d'échecs. En 2023, aux championnats d'échecs des jeunes d'Asie du Sud-Est, il a remporté six médailles d'or — y compris en montant jouer chez les plus grands que lui. Un an plus tôt, il avait été champion du monde dans sa catégorie d'âge.
La lignée des lettrés d'autrefois a aujourd'hui ses champions, ses scientifiques, ses artistes. Demain, peut-être, ce sera toi.
Et tant d'autres aujourd'hui
Đinh Nho Minh — petit-fils de Đinh Nho Liêm ; boursier intégral de l'université Tufts en relations internationales, il poursuivit ses études supérieures à Harvard et est aujourd'hui docteur. Son rêve, comme celui de son grand-père : servir la diplomatie de son pays. Avec lui, toute une 18ᵉ génération écrit, en ce moment même, la suite de cette histoire.
Au XIXᵉ siècle, Đinh Thị Hoan — sœur du docteur Đinh Nho Điển — épousa un lettré de la famille Đặng. Son petit-fils fut le grand professeur Đặng Thai Mai, ministre de l'Éducation et premier directeur de l'Institut de littérature. Et la fille aînée de Đặng Thai Mai, l'historienne Đặng Bích Hà (1928–2024), épousa en 1946 le général Võ Nguyên Giáp — le légendaire vainqueur de Điện Biên Phủ.
Ainsi, par les femmes, le clan Đinh Nho se trouve relié à l'une des plus grandes figures du XXᵉ siècle vietnamien.
Et entre ces grands noms : des médecins, des ingénieurs, des enseignants, des soldats, des paysans, des mères de famille. Beaucoup se sont sacrifiés pour le pays — certaines familles comptent plusieurs martyrs, et une aïeule a reçu le titre de « Mère vietnamienne héroïque ». Tous, à leur manière, ont tenu la promesse du nom Đinh Nho.
VII · L'héritageTes devoirs
Il y a trois siècles, Đinh Nho Hoàn fit graver dans la pierre une lettre à ses descendants — donc à toi. La voici, traduite pour aujourd'hui.

Avant de partir pour son ambassade en Chine (dont il ne reviendrait pas), Đinh Nho Hoàn dressa une stèle portant ce précepte familial (gia huấn). C'est notre texte le plus précieux : une feuille de route pour devenir quelqu'un de bien.
« À mes descendants »
- Sois loyal et respectueux des tiens.trung hiếu — loyal envers ton pays, aimant envers tes parents
- Reste simple, honnête et généreux de cœur.phác hậu
- Sois intègre et économe ; sois heureux même sans richesse.thanh kiệm lạc bần
- Si tu réussis, mets ton savoir au service du juste.tiến vi nghĩa sĩ
- Si tu n'as pas de poste, sois un travailleur honnête et fier.thoái vi lương nông
- Ne sois ni orgueilleux ni dissolu.vật kiêu dâm
- N'offense pas tes aînés ni tes supérieurs.vật phạm thượng
- Ne sois pas querelleur ni procédurier.vật tranh tụng
- Ne t'adonne pas aux jeux d'argent.vật đổ bác
Ces neuf phrases tiennent en une idée simple : sois quelqu'un de bien, quoi qu'il arrive. Concrètement, dans ta vie d'aujourd'hui, voici ce que cela peut vouloir dire :
Apprends
Donne-toi à fond dans tes études et tes passions. Le savoir est le trésor que personne ne peut te prendre — et le plus bel hommage à tes aïeux lettrés.
Honore les tiens
Écoute tes parents et tes grands-parents, prends soin d'eux, retiens leurs histoires. Demande-leur de te montrer l'autel des ancêtres et de t'expliquer le jour de commémoration.
Agis avec droiture
Dis la vérité, tiens tes promesses, défends les plus faibles. La réputation d'intégrité de la famille s'est bâtie geste après geste — ne la brise pas.
Garde tes racines
Apprends à écrire ton nom, connais ta branche, sache d'où tu viens. Et un jour, transmets ce livret — complété de ta propre histoire — à ceux qui viendront après toi.
« Les descendants de la lignée Đinh Nho font le vœu de demeurer toute leur vie unis, de se conseiller et de s'entraider, et de suivre la vertu lumineuse des ancêtres — pour ne pas avoir honte devant les aïeux. » — Oraison de la lignée, prononcée chaque année à la cérémonie
VIII · La carteLieux de mémoire
Si tu reviens un jour au pays natal, voici les lieux où l'âme de la famille demeure.
Le temple de la lignée (Từ đường)
À Đồng Vực, commune de Sơn Hòa, district de Hương Sơn (Hà Tĩnh). C'est le cœur de la famille : les deux branches de Hương Sơn y rendent ensemble le culte aux ancêtres. On s'y rassemble chaque année le 9ᵉ jour du 1ᵉʳ mois lunaire.

Le temple de Gôi Vị (Gôi Mỹ)
À Sơn Hòa, Hương Sơn. C'est là que sont honorés les Quatre Phúc thần de la famille et la Femme fidèle, Phan Thị Viên. Le temple a survécu aux destructions parce qu'il servit un temps de mairie. On y conserve aussi le fameux gong de pierre de Đinh Nho Hoàn.

L'ensemble funéraire d'Áng Phần
À Sơn Hòa : le plus grand domaine funéraire de la lignée, qui regroupe 16 tombeaux, dont celui de l'ancêtre fondateur. D'autres ensembles existent : le mausolée de Kim Hoa, Trai Sơn, Lòi Chim Chim.

Le tombeau de la Mère ancestrale
Celui de dame Hoàng Quý, la mère des quatre frères qui fuirent vers le sud, à Nghi Long (Nghi Lộc, Nghệ An). On raconte que, la nuit de son inhumation, une tempête recouvrit sa tombe de terre : les habitants la tinrent pour un « tombeau enseveli par le Ciel », très sacré.

Le Temple de la Littérature, à Hanoï
Loin de Hương Sơn, mais essentiel : sur les stèles du Văn Miếu de Hanoï sont gravés les noms de Đinh Nho Công et de son fils Đinh Nho Hoàn, père et fils tous deux reçus docteurs. Si tu visites Hanoï, va les chercher : ce sont les noms de tes ancêtres, dans la pierre.
Parmi les 82 stèles de docteurs du Văn Miếu, deux portent le nom du clan Đinh Nho — père et fils, séparés de trente ans. La carte ci-dessous localise exactement chaque stèle.
1 Đinh Nho Công · Canh Tuất 1670 · stèle n° 45 · jardin ouest, rangée extérieure, 18ᵉ place depuis le Khuê Văn Các — 2 Đinh Nho Hoàn · Canh Thìn 1700 · stèle n° 55 · même rangée, 10ᵉ place, contre le pavillon Bi Đình
IX · Les motsPetit lexique
Ce livret emploie des mots vietnamiens qu'on ne traduit pas vraiment. Les voici, expliqués simplement — pour que tu puisses les redire à voix haute.

Le vietnamien s'écrit avec notre alphabet, mais deux choses l'en séparent. D'abord le Đ / đ barré : il se prononce comme le d de « dire », tandis que le d sans barre se dit z dans le Nord et y dans le Sud. Notre nom s'écrit donc Đinh, avec la barre — sans elle, on lirait « zinh ». Ensuite les accents : ce ne sont pas des accents comme en français, ce sont des tons, six mélodies différentes. Change le ton, tu changes le mot.
- họ
- Le nom de famille, et par extension le clan tout entier. Họ Đinh Nho, c'est nous.
- gia phả
- Le registre de la lignée : le grand livre où chaque naissance, chaque mariage et chaque mort sont inscrits depuis le premier ancêtre.
- đời
- La génération. « Đời 17 », c'est la 17ᵉ génération depuis le fondateur.
- chi
- La branche. Une branche naît quand un fils part fonder sa maison ailleurs.
- từ đường
- La maison-temple des ancêtres : on y garde les tablettes, et c'est là qu'on se rassemble.
- giỗ
- L'anniversaire de la mort d'un ancêtre, et le repas de famille de ce jour-là. On ne fête pas la naissance des morts : on marque leur départ.
- gia huấn
- Le précepte familial : la règle qu'un ancêtre laisse par écrit à ses descendants. Celui de Đinh Nho Hoàn est au chapitre VII.
- tên đệm
- Le nom du milieu, entre le nom de famille et le prénom. Le nôtre est Nho.
- nho
- Le lettré confucéen, et l'étude des livres classiques. C'est ce mot-là qui est dans notre nom.
- tiến sĩ
- Docteur : le grade obtenu au concours de la cour, le plus haut du royaume.
- hoàng giáp
- Le deuxième rang du doctorat, juste sous les trois premières places.
- cử nhân
- Licencié, reçu au concours de la province ; on disait hương cống avant les Nguyễn.
- Văn Miếu
- Le Temple de la Littérature, à Hanoï.
- Quốc Tử Giám
- Le Collège des fils de la nation : la première université du pays, adossée au Văn Miếu.
- bia tiến sĩ
- La stèle des docteurs : une dalle de pierre portée par une tortue, où sont gravés les noms des reçus. Deux d'entre elles portent le nôtre.
- hiếu
- La piété filiale : ce qu'on doit à ses parents et à ses ancêtres.
- trung
- La loyauté : ce qu'on doit à plus grand que soi — le pays, la parole donnée.
- đức
- La vertu. Pas le talent : la droiture.
- phúc thần
- « Génie bienfaisant » : un ancêtre que la cour autorise le village à honorer comme protecteur.
- tru di tam tộc
- L'extermination des trois lignées : la peine la plus lourde de l'ancien Viêt Nam. La maison l'a subie deux fois, en 1833 et en 1887.
- Cần Vương
- « Soutenir le roi » : le mouvement de résistance à la conquête française, à la fin du XIXᵉ siècle.
- liệt sĩ
- Mort pour la patrie. Plusieurs familles du clan en comptent.
- bút danh
- Le nom de plume. Celui de Đinh Nho Diệm était Quỳnh Dao.
- làng
- Le village.
- xã
- La commune, qui réunit plusieurs villages. Attention : au Viêt Nam les communes changent parfois de nom et de contours, si bien qu'un même hameau peut être écrit dans deux communes différentes selon l'année.
- huyện
- Le district, qui réunit plusieurs communes. Hương Sơn est un huyện.
Ces mots ne sont pas des reliques : ils se disent encore tous les jours au pays. Si tu en retiens trois, retiens gia phả, giỗ et hiếu — le livre, le jour, et ce qui les tient ensemble.